1. Quel état des lieux dressez-vous la gestion de la Gécamines ?
A la Gecamines, nous continuons à fournir des efforts pour asseoir une bonne gestion, laquelle est capable de nous propulser de l’avant et envisager la modernisation de cette entreprise. Nous avons déjà réussi à stabiliser la Gecamines. Nous tendons vers l’étape où l’entreprise doit s’adapter et se transformer. Le plus difficile pour parvenir à cette étape, c’est que les cours sont aujourd’hui moins favorables. Les cours du cuivre ont baissé et les rentrées de la Gecamines, à titre de revenus, ont diminué de moitié. Il est donc difficile à notre entreprise de tenir tous ses engagements, notamment avec les travailleurs pour ce qui concerne les arriérés de salaires, d’une part et de l’autre, l’obligation que cette entreprise a de moderniser son outil de production.
Il est vrai que nous avions pris l’engagement de liquider tous les arriérés de salaires en faveur des travailleurs, mais il est aussi vrai qu’en ce moment précis, nous sommes butés à des difficultés certaines. Pour réussir le pari, il va falloir que la transformation se réalise dans le plus bref délai, car le temps joue en notre défaveur et avec de maigres moyens. Pour cela, nous allons être plus directs et plus incisifs dans l’action de transformation de l’entreprise.
2. Comment comptez-vous tirer l’épingle du jeu dans cette basse conjoncture que vous venez d’étaler ?
Ce qu’il nous faut à présent, c’est réfléchir comment aller de l’avant avec la moitié de recettes disponibles. Et ça c’est le plus dur à faire, croyez-moi. Entre-temps, on ne va pas baisser les bras, s’apitoyer sur notre sort. Notre devoir en ces temps difficiles, c’est d’entamer quelques transformations de l’outil de production. Et j’ose croire que cela se réalisera avec la cohésion et l’engagement des populations en harmonie avec les travailleurs. Avec des cours en baisse, il n’est pas facile de garder plus longtemps le modèle Gecamines, c’est-à-dire travailler avec 12.000 personnes pour ne produire que 22 à 25.000 tonnes de cuivre alors que de l’autre côté la concurrence a une production supérieure à la nôtre, avec seulement 1.000 travailleurs. L’autre stratégie envisageable, c’est de se protéger au maximum et attendre des jours meilleurs lorsque les cours vont rebondir.
3. Mais quel est, dans ce contexte, l’apport des contrats chinois à la trésorerie de la Gecamines ?
L’apport des contrats chinois est indéniable à la trésorerie de la Gecamines. Il va aider à l’apurement des arriérés de salaires. Avec lui, le pas-de-porte négocié avec les partenaires va permettre à la Gecamines d’amortir le choc, continuer sur la voie de la transformation et maintenir le cap. Il importe d’ajouter à ce niveau que la Gecamines a procédé à une bonne révisitation des contrats miniers. Tout le comité et notre avocat, avons travaillé durement pour parvenir à une révisitation «consensuelle», c’est-à-dire nous avons négocié avec nos partenaires un accord sur la base d’une entente. Car, j’ai toujours soutenu que pour développer le secteur minier congolais, on doit procéder selon la base consensuelle. On ne doit pas bouter dehors les investisseurs et croire qu’on va avoir un secteur minier prospère. La base consensuelle est réalité, elle nous évite d’aller droit à l’affrontement, vers la casse qui demande qu’on se retrouve devant des arbitrages internationaux, sans possibilité de prévoir l’issue d’un tel processus.
4. Révisitation des contrats miniers, où en est-on et quel est votre point de vue sur cette question ?
Il y a une trentaine de contrats qui sont sous révisitation à la Gecamines. Nous avons eu des séances intenses pour l’ensemble de notre partenariat. Cela a pris deux semaines, chaque jour, nous avons rencontré, discuter de deux ou trois partenariats. Nous travaillions avec un ordre du jour bien précis lequel comportait des têtes de chapitres que nous jugions utiles à soumettre à la discussion. Après discussion, nous avions préparé des procès-verbaux à faire signer par les partenaires. Nous avons aussitôt préparé des amendements à apporter aux partenariats en vue de les faire correspondre aux conclusions de la discussion. On s’est bien organisé dans ce travail de révisitation Gecamines : on vous invitait à telle heure, on discutait de certains points, on s’accorde ou on ne s’accordait pas…A la fin de l’opération, on tirait une conclusion. Et dans la journée, on vous transmettait un procès-verbal sur les décisions prises. A la suite de cela, on préparait des amendements au contrat de joint-ventures que l’on proposait au partenaire pour signature. Au bout cet exercice, on se retrouve avec un nombre bien infime de partenariats avec lesquels subsistent encore des points à éclaircir. Nous avons entamé, avec cette catégorie, le deuxième round de négociation actuellement en cours.
5. Quel objectif poursuit ce deuxième round de négociation alors qu‘un désaccord vous divise de votre partenaire?
Ceci n’est pas une faiblesse au contraire ce deuxième round nous donne l’occasion de re-discuter avec les parties qui n’ont pas accepté nos propositions ou avec lesquelles nous n’avons pu trouver un terrain d’entente. Pour conclure le processus de révisitation, la Gecamines sollicite une autre session de pourparlers. Là aussi, nous faisons connaître à nos partenaires que la Gecamines s’est assigné des objectifs dans un contexte pratique qui est loin de tout remettre en question. Nous essayons de prendre une situation de fait que nous améliorons en faveur de la Gecamines, avec en prime des performances que nous voulons atteindre. Grâce à cette stratégie, nous venons de réaliser des avancées sur pratiquement tous les points. Mais parmi nos partenaires, il y en a quand même qui trouvent à redire sur des matières pour lesquelles nous nous sommes mis d’accord dans un premier temps et qui se rebiffent par la suite.