Les Cinq Chantiers de la RDCongo

 Interview

Raphael Ngoy : "La RDC est en mesure de dépasser à court terme le niveau de 500.000 tonnes de cuivre par an en quelques années".

Le secteur des mines en RDC aura beaucoup fait parler de lui au cours de l’année 2008, notamment avec l’initiative en cours de la révisitation des contrats miniers, laquelle révisitation entend assainir le secteur des mines au profit de l’Etat Congolais en favorisant par conséquent, l’augmentation des revenus dans le trésor public. Cependant, face à la crise financière internationale, ce secteur doit affronter les durs effets de celle-ci. Lus pour vous dans la presse, Raphael Ngoy, mandataire en Mines à répondu aux questions de nos confrères du Potentiel, Interview…

 

LP : L’industrie du cuivre a été un de pilier de notre économie pendant longtemps, quelles sont les perspectives à court terme ?

Raphael Ngoy :
Depuis la première coulée de cuivre marquant le début de l’exploitation industrielle du cuivre le 30 juin 1911, la RDC a produit plus de 18 millions de tonnes de cuivre. Pendant que la Gecamines restructurée recadre ses activités autour de Likasi, plusieurs nouveaux acteurs sont déjà en production dont Anvil Mining à Dikulushi et bientôt avec Kinsevere en cours de construction avancée, Ruashi Mining à la Ruashi, Etoile avec Chemaf, Boss Mining à Luita, Kalumines. La société First quantum Minerals fera la plus grande production cuivre en 2008 à hauteur de 90.000 Tonnes de cuivre. DCP, à Kolwezi, a également un planning qui cible une production croissante jusqu’à 300.000 tonnes de cuivre par an dans quelques années. Il faut aussi relever la construction très avancée des projets phares : TFM sous la houlette de Freeport, et KMT sous la houlette de First Quantum à Kolwezi. Sans oublier les investissements miniers du Groupe Forrest au moment où le Congo était considéré infréquentable par beaucoup d’investisseurs. Globalement, la RDC est en mesure de dépasser à court terme le niveau de 500.000 tonnes de cuivre par an en quelques années.


LP : Au-delà de la révisitation, le secteur minier congolais doit aujourd’hui affronter les durs effets de la crise financière internationale. Pensez-vous que la RDC sortira indemne de cette zone de turbulence ?

RN :
Annoncée déjà dans les accords de Sun city, la revisitation est enfin dans sa dernière ligne droite et pourrait vraisemblablement être finalisée avant fin décembre. Quoique bien motivée, tous les promoteurs de projets déplorent qu’elle ait trop perduré, en maintenant pendant longtemps l’essentiel de projets miniers sous un voile d’incertitude, car aucune institution financière ne pouvait mettre à disposition  un financement pour un projet dont l’issue était inconnue. En date d’aujourd’hui, l’embellie des cours des métaux s’est éclipsée, la crise financière devenant une crise économique et la valeur boursière de la quasi-totalité de sociétés présentes en RDC a été particulièrement érodée chaque fois qu’il y avait une annonce sur la révisitation. L’érosion s’est plus amplifiée avec la crise financière au point qu’il y a quelques semaines la moyenne pondérée de perte en valeur boursière des sociétés impliquées dans le cuivre en RDC a été de 87% contre 81% globalement pour l’industrie. Certaines sociétés ont perdu plus de 95% de leur valeur en bourse!!! Le cours du cuivre qui était à 8.684 Usd dollar la tonne en avril 2008, est passé à 7.000 en septembre, 4970 en octobre et avant à 3600 début novembre. Qui sait ce que cela sera dans deux mois ? Le Cobalt qui se vendait à plus de 45 Usd il y a quelques mois a plongé à quelques US 20 dollars la livre (la livre équivaut à 453 Grammes). Déjà près de deux tiers de sociétés de transformation au Katanga ont fermé. Heureusement que les autorités provinciales ont pris de mesures d’encadrement dont il faut maintenant assurer la pérennité. La débâcle pourrait en effet prendre de proportions plus graves à moins d’un réajustement rapide et d’un encadrement concret au delà des déclarations d’intentions.


LP : Actuellement au Katanga, il y a des signes évidents d’une vraie panique dans les mines. Qu’attendez-vous des pouvoirs publics pour restaurer la confiance dans le secteur?

R N :
Le secteur minier, aujourd’hui affecté, était condamné au court terme car porté essentiellement par l’exploitation artisanale dont on connaît les tares et insuffisances. Le choc des cours actuels va provoquer une espèce de sélection vers une consolidation des projets dont les effets d’entraînement seront plus vastes du fait d’une meilleure optimisation des synergies. A mon avis, les pouvoirs publics devraient, pour garantir un moment suffisant d’ici l’horizon 2011 et sécuriser les taux de croissance performant, mettre un accent particulier sur quatre axes : veiller au respect strict du code avec une attention particulier sur la restriction des compétences, la gestion des droits superficiaires selon les prescrits du code minier, la distribution de la redevance minière selon le code ainsi que la lutte sans merci contre les tracasseries ; concevoir et veiller à l’exécution du plan de relance de production d’énergie électrique ; devancer le déficit énergétique qui devient de jour en jour inéluctable suite à l’immobilisme ; et concevoir une politique pour la production du cobalt pour que les projets en pipeline ne se sabordent pas.


Le Potentiel/DCI

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